Comparatif détaillé des dispositifs Culture-Santé DRAC/ARS entre Île-de-France et Nouvelle-Aquitaine

17 mai 2026

Les dispositifs d’appels à projets culture-santé menés conjointement par la DRAC et l’ARS jouent un rôle central dans la mise en œuvre de projets artistiques en milieu de soin en France. Selon les régions, leur organisation, leurs critères et leurs ressources diffèrent fortement. Pour saisir l’ampleur des spécificités entre l’Île-de-France et la Nouvelle-Aquitaine, il est pertinent de s’attarder sur :
  • Les modalités de financement et l’enveloppe budgétaire attribuées
  • Les critères de sélection et la typologie des projets retenus
  • La structuration des dispositifs d’accompagnement et des outils de suivi
  • Les particularités du maillage territorial et l’implication des acteurs locaux
  • Les dynamiques d’innovation et les partenariats encouragés
Ces différences ont un impact direct sur la diversité, la portée et la durabilité des actions artistiques en milieu de soin sur chaque territoire.

Panorama général : un cadre national, des déclinaisons régionales

Lancé au début des années 2000, le programme “Culture et Santé” vise à favoriser l’accès à la culture pour les personnes hospitalisées, les soignants et les familles, à travers une logique de droits culturels (voir Ministère de la Santé, rapport 2021). Si le cadre ministériel est commun, chaque région est libre d’adapter les modalités de mise en œuvre. Cela permet des réponses plus fines aux spécificités démographiques, urbaines ou rurales, et aux dynamiques culturelles locales.

Modalités de financement et enveloppes attribuées

Les financements sont co-construits chaque année entre DRAC et ARS. Or, leur ampleur et leur structuration diffèrent selon les territoires :

Île-de-France Nouvelle-Aquitaine
  • Enveloppe annuelle (2023) : environ 1,3 million d’euros
  • Projet moyen : 15 000 à 40 000 €
  • Grand nombre d’établissements éligibles : CHU, CH, structures médicosociales, établissements psychiatriques, EHPAD
  • Enveloppe annuelle (2023) : environ 850 000 €
  • Projet moyen : 10 000 à 25 000 €
  • Ciblage plus précis : établissements hospitaliers mais aussi structures médico-sociales rurales, inclusion du secteur du handicap plus affirmée

(source : bilans DRAC Île-de-France, Nouvelle-Aquitaine, 2023)

Critères de sélection et profils des projets soutenus

La grille d’évaluation distingue fortement les deux régions dans leur rapport à l’expérimentation et à la pérennité. En Île-de-France, le dispositif valorise :

  • Les projets portés par des institutions de grande taille ou adossés à un réseau (grands CHU, pôles universitaires, GHT)
  • Les initiatives qui favorisent le dialogue entre recherche, médiation culturelle et innovation technologique
  • La mixité des publics (patients, soignants, familles), la dimension territoriale (projets interdépartementaux) et la capacité de déploiement à large échelle

En Nouvelle-Aquitaine, les priorités sont un peu différentes :

  • Valorisation des petits établissements : hôpitaux locaux, EHPAD isolés, IME, MAS
  • Accent sur l’innovation sociale (ex : inclusion du handicap, lien intergénérationnel, lutte contre l’isolement rural)
  • Favorisation des projets émergents ou de première expérience, prise de risque plus assumée sur l’accompagnement

Le rapport d’évaluation de l’Observatoire des Politiques Culturelles (OPC, 2022) souligne ainsi que « la pluralité institutionnelle du tissu francilien incite à la structuration de projets complexes tandis que la Nouvelle-Aquitaine privilégie l’accompagnement des dynamiques locales et la réduction des inégalités d’accès. »

Structuration de l’accompagnement et du suivi

La capacité d’accompagnement des porteurs de projet est une autre différence saillante. En Île-de-France, la DRAC s’appuie sur un réseau d’opérateurs reconnus (Art-Connection, Médiarts, Culture et Hôpital) qui offrent un suivi renforcé : ateliers de professionnalisation, séminaires d’échanges, ressources juridiques. Une plate-forme d’échanges dématérialisée complète le dispositif depuis 2021.

En Nouvelle-Aquitaine, le pilotage régional se distingue par un accompagnement de proximité, souvent très personnalisé. Il existe un maillage d’intervenants territoriaux (PARCA, Agence Régionale de Culture et de Création, réseaux départementaux). Cette approche « sur-mesure », avec visites sur le terrain, conseils à l’écriture de projets, et suivi individualisé, apparaît particulièrement adaptée aux petits établissements dispersés.

Dans les deux cas, la professionnalisation des soignants comme la valorisation des artistes intervenants sont des points d’attention ; cependant, l’Île-de-France privilégie les formations collectives, tandis que la Nouvelle-Aquitaine investit davantage sur la transmission directe entre pairs et sur l’échange interprofessionnel à l’échelle micro-locale.

Implantation territoriale, rayonnement et dynamiques des partenaires

La géographie institutionnelle façonne de manière concrète la nature des appels à projets.

Île-de-France : maillage dense, partenariats universitaires

  • Présence d’universités, laboratoires en sciences humaines et centres hospitaliers dotés de cellules « Arts & Santé »
  • Réseaux avec grands établissements culturels (Opéra de Paris, Philharmonie, musées nationaux)
  • Dispositifs spécifiques pour la psychiatrie et la pédiatrie en lien avec la Ville de Paris

Nouvelle-Aquitaine : ancrage rural et mobilisation des collectivités

  • Forte implication des communes et intercommunalités rurales via conventions tripartites
  • Montée en puissance d’artistes locaux et compagnies indépendantes
  • Déploiement dans le champ du handicap plus marqué, avec des appels à projets conjoints ARS-DRAC dédiés (ex : Handicap et Inclusion Culturelle)

En Nouvelle-Aquitaine, la diversité géographique, entre métropoles et espaces ruraux très dispersés, rend les questions de mobilité, d’accessibilité et d’articulation territoriale particulièrement aiguës. Un rapport du Réseau Culture et Santé en Nouvelle-Aquitaine (2022) note que les projets sont fréquemment pensés « à l'échelle du bassin de vie », en associant soin, éducation et action sociale.

Dynamiques d’innovation et spécificités des partenariats encouragés

L’évolution des dispositifs DRAC-ARS illustre la capacité à répondre à des enjeux régionaux spécifiques. Ainsi :

  • En Île-de-France, les dispositifs encouragent explicitement l’innovation numérique (réalité virtuelle, création sonore, ateliers interactifs distanciels) et la participation à des recherches-actions nationales.
  • En Nouvelle-Aquitaine, le soutien porte plus volontiers sur les pratiques dites “hors-les-murs” (interventions en espaces naturels, lieux de vie alternatifs, collaborations arts–métiers artisanaux) et sur la co-construction par des collectifs citoyens.

Dans une logique de transversalité, ces deux régions expérimentent aussi des synergies nouvelles. Par exemple, des projets collectifs interrégionaux sont en émergence : séjours d’artistes itinérants d’Île-de-France vers la campagne néo-aquitaine, mutualisation de ressources pour des formations mixtes d’équipes pluridisciplinaires.

Quelques chiffres et retours d’expériences

  • En Île-de-France (bilan 2022) : 112 établissements bénéficiaires dont 45 hôpitaux généraux et 21 EHPAD, 216 projets soutenus, 2200 ateliers et rencontres par an, près de 45 000 bénéficiaires directs et indirects.
  • En Nouvelle-Aquitaine : 78 établissements bénéficiaires, 165 actions financées, implication accrue du secteur du handicap (près de 30% des projets), couverture de 9 départements, 12 journées professionnelles organisées pour les porteurs de projet.

Des retours montrent que la constante reste l’exigence de qualité artistique ; la différence se joue dans l’attention portée à la proximité des réseaux, à l’inclusion locale, à la flexibilité face aux réalités du terrain.

Perspectives croisées : comment s’inspirer de ces différences ?

Les dispositifs DRAC-ARS ne sont pas figés : ils évoluent au grès des bilans expérience et s’enrichissent des échanges interrégionaux. Il serait prudent de ne pas surestimer une opposition “capitale / province” : chaque dispositif répond à des enjeux propres et peut inspirer l’autre.

  • L’Île-de-France, grâce à ses moyens et son réseau, agit comme un laboratoire d’expérimentation, mais pourrait davantage s’inspirer de l’accompagnement personnalisé développé en Nouvelle-Aquitaine.
  • À leur tour, les dynamiques de co-construction, d’attention aux marges et de flexibilité néo-aquitaine offrent un exemple à d’autres grands centres pour irriguer les périphéries urbaines… et repenser la définition même du “milieu de soin”.

Un constat partagé : partout, la vitalité des dispositifs se nourrit de la mobilisation concertée des acteur·ices : artistes, professionnels du soin, collectivités locales et associations. Ces différences, loin d’être un frein, deviennent alors autant de ressources pour inventer des politiques culturelles plus justes, libres et hospitalières.

Sources :

  • Ministère de la Culture et de la Santé, “Bilan Culture et Santé 2021-2022”
  • Observatoire des politiques culturelles, Rapport 2022
  • DRAC Île-de-France, Synthèse des appels à projets 2022-2023
  • Réseau Culture & Santé Nouvelle-Aquitaine, Rapport d’activité 2022

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