Modèles de coopération DRAC/ARS : diversité et enjeux dans les politiques culture et santé régionales

13 mai 2026

En France, les politiques “culture et santé” s’appuient sur des coopérations structurantes entre les Directions régionales des affaires culturelles (DRAC) et les Agences régionales de santé (ARS). Les déclinaisons régionales de ces collaborations offrent des dispositifs, modalités et résultats contrastés. Ce comparatif met en lumière les éléments clés pour comprendre ces différences :
  • Les missions partagées et les textes fondateurs encadrant les partenariats entre DRAC et ARS.
  • Les modèles de gouvernance adoptés selon les régions : conventions pluriannuelles, appels à projets conjoints, coordinations spécifiques.
  • L’influence des priorités locales et des acteurs impliqués sur l’efficience des démarches culture et santé.
  • Des exemples concrets de dispositifs et projets innovants portés par des régions comme l’Île-de-France, la Nouvelle-Aquitaine, le Grand Est ou l’Occitanie.
  • Les enjeux d’évaluation, de transfert et d’ancrage dans les politiques publiques.
Ce tour d’horizon éclaire les dynamiques et enjeux d’un champ encore jeune mais riche de promesses pour l’humanisation des soins et des institutions.

Genèse et principes des coopérations DRAC-ARS

L’histoire des collaborations entre DRAC et ARS (ainsi que les anciennes DDASS) s’ancre à la fin des années 1990, avec une accélération notable après la signature de la circulaire interministérielle du 6 mai 1999 (Culture à l’hôpital), puis de la charte Culture et Santé (2010) et des schémas régionaux d’organisation sanitaire qui intègrent progressivement la dimension culturelle. Ce partenariat institutionnel trouve son cadre dans des conventions régionales liant les deux tutelles, s’appuyant sur des appels à projets conjoints pour soutenir artistes, structures culturelles et institutions sanitaires et médico-sociales.

  • Objectif : Inscrire l’accès à la culture comme une composante du soin au même titre que la prise en charge médico-sociale.
  • Dispositifs phares : Appels à projets annuels, conventions pluri-institutionnelles, commissions de sélection, animations de réseaux régionaux.

Selon “Culture & Santé, les chiffres clés 2023” (Publication Culture-santé.fr), l’investissement public croisé DRAC-ARS atteint plus de 8 millions d’euros par an, soutenant environ 1500 projets à l’échelle nationale chaque année.

Diversité des modèles de coopération selon les régions

L’une des spécificités majeures du dispositif français réside dans la forte autonomie d’organisation laissée à chaque binôme DRAC-ARS. Ce choix favorise une adaptation fine aux contextes territoriaux, mais induit aussi une hétérogénéité en matière de gouvernance, de budget, de pilotage et de rayonnement.

Tableau comparatif des modèles régionaux

Pour saisir la diversité des modèles, voici un tableau synthétique de quelques pratiques repérées en 2023 sur quatre grandes régions françaises (sources : “Baromètre Culture & Santé 2023”, ARS/DRAC, ONES, CNFPT) :

Région Typologie de coopération Budget annuel moyen Modes de sélection Partenaires associés Particularités
Île-de-France Convention triennale DRAC/ARS – appels à projets annuels sectorisés ~1,2 M€ Jury DRAC/ARS/experts externes Établissements hospitaliers, EHPAD, réseaux culturels, collectivités Accent sur les parcours patients et l’innovation sociale
Nouvelle-Aquitaine Dispositif intégré Culture/Santé/Handicap – animation de réseaux ~900 K€ Commission régionale incluant représentants associatifs Centres hospitaliers, associations de patients, milieux ruraux Égalité d’accès sur territoires éloignés
Grand Est Appels à projets thématiques – convention cadre quinquennale ~800 K€ Appel à projet ouvert, comité scientifique/sectoriel Clusters culturels, fédérations médico-sociales Soutien à la recherche-action, documentation de projets
Occitanie Double pilotage, dispositifs mutualisés et évaluation systématique ~1 M€ Sélection en deux temps : présélection puis audition finale Collectivités territoriales partenaires, CDC Prise en compte accrue du “aller-vers” et accès des publics isolés

Gouvernance, pilotage et partenariats élargis

Les différences d’organisation interne ont des effets tangibles sur les dynamiques locales :

  • Gouvernance : Certaines régions pilotent le dispositif via un comité unique DRAC/ARS, tandis que d’autres associent largement des représentants du secteur associatif, des collectivités territoriales voire des patients/usagers (ex : Nouvelle-Aquitaine et Occitanie).
  • Coordination : Des postes de chargés de mission régionaux “Culture & Santé” permettent, là où ils existent, une animation pérenne et une montée en compétence de l’écosystème local.
  • Types de partenaires : Outre les établissements de santé, certains dispositifs incluent musées, médiathèques, compagnies artistiques, structures jeunesse, ou intervenants sociaux pour aller au-delà de l’hôpital et du médico-social stricto sensu.

Forces et défis des différents modèles

  • Souplesse et adaptation : Les régions ayant une animation forte (réseaux, animation, documentation) bénéficient d’une plus grande visibilité et d’un meilleur ancrage, comme le montrent les retours d’évaluation départementale en Grand Est (“Synthèse Grand Est 2022 – ARS/DRAC”).
  • Risques de disparités : Là où les coordinations sont faibles ou les budgets moindres (moins de 500 K€/an dans certaines régions), la lisibilité du dispositif et l’accès aux financements sont plus limités pour les petits établissements ou les porteurs de projets débutants.
  • Évaluation : L’Occitanie et l’Île-de-France se distinguent par des dispositifs d’évaluation et d’accompagnement intégrés, permettant des analyses d’impact robustes (voir “Compte-rendu Culture et Santé Île-de-France 2022”, ARS IDF).
  • Dimension territoriale : L’une des grandes réussites de la Nouvelle-Aquitaine reste le soutien aux initiatives en milieu rural et sur des territoires isolés, question complexe ailleurs où la métropolisation tend à polariser l’offre.

Cas concrets et anecdotes régionales

Quelques exemples incarnent ces singularités régionales :

  • Île-de-France : En 2022, l’appel “Arts en établissements psychiatriques” a permis l’installation de résidences d’artistes en pédopsychiatrie, en impliquant familles et soignants dans la création commune. Plus de 30 % des projets incluaient une médiation avec les proches.
  • Grand Est : La publication annuelle de “carnets de projet” permet une diffusion active des méthodes et résultats (ex : collaboration du CHU de Strasbourg avec l’Opéra du Rhin – source : Culture-santé.fr).
  • Nouvelle-Aquitaine : Dans la Creuse, un projet “livre de vie” porté avec des médiathèques itinérantes atteint des patients souffrant de handicaps lourds, une initiative exemplaire saluée en 2023 par la Fédération des Établissements Hospitaliers et d’Aide à la Personne.
  • Occitanie : Le dispositif “Artistes en gériatrie” associe des art-thérapeutes et des universités pour impulser une recherche-action sur la place de l’art dans l’accompagnement du grand âge.

Enjeux actuels et perspectives d’évolution

La coopération DRAC-ARS en France est souvent citée en exemple au niveau international (cf. “WHO Arts & Health Report 2019”). Pourtant, l’équilibre entre adaptation locale et équité nationale reste fragile :

  • Un défi récurrent est la sécurisation des budgets sur la durée et la reconnaissance institutionnelle du secteur “Culture & Santé”.
  • L’exigence d’évaluation qualitative – au-delà des seuls indicateurs de fréquentation – s’affirme comme une priorité pour bénéficier d’une vraie reconnaissance des impacts humains, sociaux et sanitaires.
  • L’élargissement des partenariats (culture, jeunesse, handicap, politique de la ville) pourrait permettre de démultiplier les effets et de sortir du “statu quo” qui limite encore certains dispositifs à l’hôpital ou au médico-social.
  • L’accompagnement à la professionnalisation (formations, capitalisation) fait émerger un nouveau métier de médiateur·rice “culture et santé”, aujourd’hui encore sans statut ni référentiel national clair.

Vers une culture du soin plus partagée

L’analyse des modèles régionaux de coopération DRAC-ARS montre que partout où la volonté politique, l’ingénierie de projet et l’écoute du terrain se conjuguent, la création artistique trouve une force d’inscription remarquable en milieu de soin. Les disparités persistent, mais la dynamique demeure ouverte, portée par celles et ceux qui font du soin un espace profondément humain. Un défi d’avenir consistera à mieux transférer les innovations, tout en gardant vivante la diversité des territoires français.

  • Sources principales : culture-sante.fr, ARS/DRAC régionales, CNFPT, fédérations hospitalières, Baromètre Culture & Santé 2023, “The role of the arts in improving health & well-being” (WHO, 2019).

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