Soutenir la création numérique au sein des structures de soin : panorama des financements

25 novembre 2025

Pourquoi soutenir spécifiquement les arts numériques en milieu de soin ?

Les arts numériques, par leur caractère immersif, interactif et adaptable, ouvrent de nouveaux possibles dans la relation de soin. Qu’il s’agisse d’installations interactives, de réalité augmentée, de dispositifs de médiation connectés, ou encore d’atelier en création sonore et visuelle, ces initiatives ont prouvé leur impact sur :

  • La réduction de la douleur et du stress : expériences de VR contre l’anxiété préopératoire (Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, 2022).
  • La stimulation cognitive et sensorielle : outils numériques pour les patients Alzheimer (programme INA Santé 2023).
  • L’accessibilité culturelle : dispositifs mobiles ou interactifs pour les personnes en perte d’autonomie.

Cependant, les coûts, la nécessaire formation des équipes et la rapidité d’obsolescence technique expliquent la nécessité de dispositifs de financement adaptés, que ce soit pour l’achat de matériel, la création, la médiation, ou la pérennisation des projets.

Cartographie des principaux financements existants

Les appels à projets publics : un levier structurant

Acteurs de référence, le ministère de la Culture et le ministère de la Santé proposent régulièrement des appels à projets (AAP) dédiés à la culture en milieu de soin (programme Culture & Santé, DRAC, ARS…). Depuis 2019, de nombreux AAP intègrent explicitement le numérique. Par exemple :

  • Culture & Santé (DRAC-ARS) : souvent ouverts aux arts numériques. En 2023, sur les 142 projets financés en Île-de-France, une part significative intégrait réalité virtuelle, installation sensible ou projection immersive (source : DRAC IDF).
  • Soutien à l’innovation numérique (ministère de la Culture, DGMIC) : accompagne des initiatives où la création technologique favorise l’accès à la culture (voir modalités sur culture.gouv.fr).
  • Plan France Relance et France 2030 : deux dispositifs nationaux où la création et la médiation numérique en santé peuvent trouver leur place à condition de souligner l’innovation et l’impact social.

Néanmoins, ces dispositifs sont soumis à des calendriers précis, à des conditions parfois concurrentielles, et exigent des partenariats solides entre structures de soin et acteurs culturels/innovants.

Mécénat d’entreprise et fondations : l’axe technologique à mettre en avant

Le mécénat d’entreprise, qu’il s’agisse d’entreprises du numérique ou de groupes investis sur les questions de responsabilité sociale et sociétale (RSE), se révèle un soutien croissant pour ces formats hybrides. Exemples repérés :

  • Fondation Orange : dédiée au numérique éducatif, à l’e-santé culturelle, elle a soutenu en 2023 plus de 40 projets mêlant art, innovation et inclusion sociale, dont des dispositifs immersifs en pédiatrie (fondation.orange.com).
  • Fondation Daniel et Nina Carasso : via l’appel « Art Citoyen », qui accueille régulièrement des projets croisant soin, innovation, numérique.
  • Fondation MACIF, Fondation Crédit Agricole : ces grands acteurs accompagnent le champ médico-social, à condition de justifier l’utilité sociale et la capacité à toucher des publics fragiles.

Il est pertinent, pour tout projet, de cartographier les entreprises locales et nationales investies dans le numérique, la santé ou la culture au sens large, et de cibler celles qui affichent des valeurs de solidarité ou d’innovation.

Programmes européens et financements transnationaux : une piste ambitieuse

L’Europe encourage depuis plusieurs années l’interdisciplinarité et l’innovation sociale, culturelle et technologique. Trois programmes à retenir :

  • Europe Créative : priorité aux projets qui croisent création artistique, innovation numérique et inclusion (voir la programmation 2024 sur eacea.ec.europa.eu).
  • Interreg : soutient des coopérations transfrontalières, notamment dans la e-santé ou la médiation culturelle innovante. Exemple : le projet Art&Smart (2022), réseau France-Belgique.
  • Erasmus+ : possible dans le volet Éducation des adultes ou Santé, si la démarche comporte un volet formation/transmission.

À noter, ces dispositifs impliquent bien souvent des montants significatifs (souvent de 30 000 à 150 000€ par projet), nécessitent un partenariat européen solide, et la capacité à documenter l’expérimentation.

Collectivités territoriales : des financements ancrés dans les territoires

Régions, départements et villes mettent parfois en place des appels à projets spécifiques. Exemple :

  • La région Auvergne-Rhône-Alpes a cofinancé en 2022 « Art Num4Santé », une tournée d’ateliers numériques dans les EHPAD, via à la fois la direction de la Culture et celle de la Santé (source : auvergnerhonealpes.fr).
  • Ville de Paris : Le Fonds Parisien pour l’Innovation en Santé a accompagné plusieurs résidences croisant design numérique et soins (voir les lauréats 2022).

Privilégier le dialogue avec les directions-maison des collectivités (culture, innovation, solidarité) permet d’ouvrir des pistes souvent moins concurrentielles et mieux adaptées aux spécificités de chaque territoire.

Explorer d’autres pistes : crowdfunding, concours, mutualisation

  • Crowdfunding spécialisé : des plateformes comme HelloAsso ou KissKissBankBank accordent une visibilité croissante aux projets culturels en santé, à condition de monter une campagne mobilisatrice et d’offrir une médiatisation forte.
  • Concours nationaux : plusieurs récompensent l’innovation culturelle. Par exemple, le prix Art d’Innover en Santé (Institut Français, 2023), ou les Grands Prix SANTEXPO.
  • Plateformes de mutualisation : le réseau Arts Vivants & Handicap (piloté par la SACD) permet parfois le montage de projets numériques mutualisés, en partageant matériel ou intervenants d’un établissement à l’autre.

Conseils pratiques pour renforcer son dossier de financement

  • Montrer l’impact prouvé ou potentiel du projet (bénéficiaires, évaluation, reproduction possible).
  • Impliquer des parties prenantes dès la conception (patients, soignants, institution, artistes, pôle technique si besoin).
  • Mettre en valeur la dimension d’accessibilité (utilisateurs concernés, adaptation à différentes situations de handicap, intergénérationnel).
  • Penser dès l’amont la communication, pour documenter l’action, fédérer autour du projet et assurer sa diffusion.
  • Prévoir un volet de pérennisation et/ou de formation des équipes, pour dépasser la seule phase expérimentale.

À retenir : selon une enquête réalisée en 2023 par l’Observatoire des politiques culturelles (observatoire-culture.net), plus de 60 % des porteurs de projets numériques en santé ayant bénéficié d’un financement public ou privé avaient anticipé une démarche d’évaluation d’impact (qualitatif et quantitatif), ce qui a représenté un critère déterminant lors de l’attribution des fonds.

Retour sur quelques exemples de financements réussis

  • Le projet “Résonances” (CHU de Nantes, 2022) : installation immersive sonore pour patients en soins palliatifs, financée par la DRAC, la Fondation Bouygues Telecom et un mécénat privé local, avec un appui à la formation des équipes.
  • “Parcours d'Imaginaires” (APHP, 2023) : ateliers de réalité virtuelle pour jeunes atteints de maladie chronique, financés via Culture&Santé, un appel à mécénat, et une contribution du Lions Club international.
  • “Mémoire augmentée” (USLD Bordeaux, 2022) : médiation numérique auprès de patients Alzheimer, avec un financement mixte Région, Fondation Orange et collectivité locale.

Dans tous les cas, la diversité des sources mobilisées, la présentation d’un budget réaliste et l’association de plusieurs partenaires ont permis de pérenniser les dispositifs et d’inscrire le numérique dans la durée.

Une dynamique en construction, entre innovation et éthique

Le développement des arts numériques en structure de soin introduit de nouveaux défis : accessibilité technologique, protection des données, formation continue ou adaptation des outils aux besoins spécifiques. Investir dans le numérique requiert de penser autant la dimension artistique, technique, humaine qu’éthique.

La multiplication des dispositifs, la sensibilisation progressive des opérateurs de santé, et l’intégration du numérique dans les politiques culturelles du soin témoignent d’une évolution positive. La question du financement est donc centrale, non seulement pour installer les arts numériques, mais pour repenser durablement l’accès à la culture et à l’innovation dans l’accompagnement des plus fragiles.

De nouvelles voies demeurent à explorer : collaborations avec start-up, partenariats universitaires pour la recherche-action, synergies interrégionales ou intersectorielles. Le champ est ouvert—à condition de miser sur une ingénierie de projet rigoureuse, inspirée et patiemment tissée avec toutes les parties prenantes.

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