Comprendre les critères d’éligibilité ARS pour les projets culture et santé en EHPAD

5 mai 2026

Face au vieillissement de la population, de nombreux EHPAD s’engagent avec des artistes et des structures culturelles pour proposer des activités enrichissantes à leurs résidents. Mais tous les projets ne sont pas éligibles au financement ou au soutien d’une Agence Régionale de Santé (ARS). Les principaux critères appliqués tournent autour de la qualité artistique et culturelle de la proposition, du partenariat structuré avec un acteur culturel professionnel, de la co-construction avec l’EHPAD, de l’inscription dans une démarche de soin non thérapeutique, de l’accessibilité pour tous les résidents, de l’impact attendu sur la qualité de vie, du respect des démarches éthiques, et de capacités de suivi et d’évaluation du projet. Les appels à projet ARS requièrent des dossiers travaillés, mettant en avant la singularité et la pertinence de l’action dans le contexte de vie des résidents.

Pourquoi des critères d’éligibilité ?

Depuis 1999, la politique nationale « Culture et Santé » portée conjointement par le ministère de la Culture et le ministère de la Santé, relayée en région par les ARS, marque une volonté de faire de la culture un levier à part entière du bien-être en établissements de santé (source : ministère de la Culture). Le secteur des EHPAD est au cœur de cette mission. Les critères d’éligibilité forment alors un cadre pour :

  • Favoriser des projets de qualité, cohérents avec les besoins des publics
  • Assurer un équilibre entre accès à la culture et respect de la vie en établissement
  • Garantir une véritable rencontre entre les univers du soin et ceux de la création
  • Optimiser l’utilisation de financements publics ou mutualisés

Panorama des critères d’éligibilité ARS : que doit contenir un projet ?

Chaque ARS décline sa propre feuille de route, mais plusieurs exigences reviennent systématiquement. L’analyse d’une douzaine d’appels à projets récents dans différentes régions permet de dégager les points clés suivants :

  • Un partenariat structuré entre un EHPAD et une structure culturelle ou un artiste professionnel, conçu comme une co-création et non une "prestation".
  • Un projet culturel s’appuyant sur la création artistique, la médiation ou la pratique collective, et non une simple animation récréative.
  • L’inscription dans une démarche inclusive : le projet doit s’adresser à l’ensemble des résidents volontaires, sans discrimination liée à l’âge, la dépendance ou la pathologie.
  • Une attention particulière à la participation des équipes de soin, d’animation et de direction, impliquées dès la co-construction, gage de pérennité et d’intégration dans la vie quotidienne de la structure.
  • L’adaptation à la réalité de l’EHPAD : le projet doit tenir compte des rythmes, des lieux, des mobilités et des envies réelles des personnes âgées et de leur entourage.
  • L’ancrage local, valorisant les ressources du territoire, l’ouverture vers d’autres institutions sociales, culturelles ou scolaires, et la création de passerelles.
  • Un dossier solide : objectifs clairs, description des étapes, calendrier, budget prévisionnel, modalités d’évaluation et de communication.

Détail des critères phares et leur justification

1. Articulation du partenariat : la double légitimité

Un projet retenu ne peut pas être porté seulement par l’EHPAD ou seulement par un acteur culturel extérieur. Les ARS insistent sur la co-construction : il s’agit d’un va-et-vient entre les professionnels du soin — qui connaissent au plus près les attentes et fragilités des résidents — et le monde de la culture, garant d’une exigence artistique. Un partenariat bien articulé, formalisé par une convention, témoigne d’un engagement mutuel.

2. Qualité culturelle et artistique

Le projet doit impliquer des artistes ou des intervenants ayant un vrai parcours professionnel, inscrivant leur démarche dans une logique de création ou de transmission. L’enjeu est d’éviter une logique “d’animation occupationnelle” et d’offrir une expérience esthétique et sensible.

  • Exemple : La région Hauts-de-France, dans ses appels à projets 2023-2024, prend soin de préciser que “le projet doit valoriser la présence d’intervenants artistiques issus de la scène professionnelle”, et non de simples bénévoles ou animateurs (source : ARS Hauts-de-France).

3. Cohérence avec les besoins et participation des résidents

Le projet doit démontrer comment il tient compte :

  • Des profils et des envies des résidents (cerner la diversité du public, proposer une participation active, adapter la forme aux capacités de chacun)
  • Du contexte de l’établissement (horaires, accessibilité des espaces, interactions avec l’équipe de soin)
  • D’une dimension inclusive : pouvoir toucher les publics les plus isolés, non-verbaux, ou lourdement dépendants.
Le critère d’inclusivité est aujourd’hui décisif. Les ARS soutiennent en priorité les projets qui ne s’adressent pas uniquement aux résidents “autonomes” mais cherchent à inclure également des personnes en situation de grande dépendance ou avec des troubles cognitifs sévères.

4. Le caractère innovant ou expérimental

Sans exiger la révolution, les ARS encouragent l’expérimentation : tester de nouvelles formes, de nouveaux médiums artistiques, impulser des croisements inhabituels (ex : musique & arts plastiques, danse & vidéo, etc.), croiser les générations, ouvrir à des publics extérieurs, etc. Cela suppose une vigilance éthique — notamment sur le consentement et le respect du rythme des personnes âgées les plus vulnérables.

5. Suivi, évaluation et pérennisation

Les dossiers doivent souvent inclure un volet “évaluation” : comment mesurer l’impact du projet (qualitatif et quantitatif), en quoi il s’inscrit dans la durée, quelles modalités de capitalisation ou de dissémination sont prévues (ex. : partage des outils créés, formation des équipes à la reproduction de l’activité, etc).

  • À titre d’exemple, l’ARS Nouvelle-Aquitaine exige systématiquement “des indicateurs d’évaluation clairement identifiés” et le dépôt d’un bilan en fin de projet (ARS Nouvelle-Aquitaine).

6. Conditions de financement et budget

Les montants financés par les ARS sont variables, mais une règle domine : le projet doit présenter un budget sincère, équilibré et multi-financé (avec une part d’autofinancement par l’EHPAD ou les structures partenaires, recherche d’autres subventions, etc.). Les ARS privilégient les projets où leur financement agit comme un “effet levier”, permettant la mobilisation d’autres partenaires.

  • En 2022, l’appel à projets ARS Île-de-France précisait que la subvention ne pouvait, sauf exception, couvrir l’intégralité du projet, mais devait encourager la création de synergies (source : ARS Île-de-France).

Un passage obligé : le dossier de candidature

Au-delà de l’idée et de la sincérité de l’engagement, la qualité du dossier conditionne l’accès au financement. Ce dernier doit comporter généralement :

  • Un résumé du projet et ses objectifs
  • La présentation du ou des partenaires (avec références et expérience)
  • Un calendrier et détail du déroulement
  • Une description précise du public visé et de l’intérêt pour l’EHPAD
  • Le budget prévisionnel, précisant les cofinancements attendus ou acquis
  • Les modalités de suivi et d’évaluation
  • Un volet sur la communication et la valorisation des résultats
  • Des éléments attestant du consentement (quand c’est possible), et du respect de la réglementation sur la vie privée et la dignité

Éclairages sur des questions fréquemment soulevées

  • Qui peut déposer ? Soit l’EHPAD en partenariat avec une structure culturelle, soit un acteur culturel (association, institution, artiste) avec preuve de l’accord et de la mobilisation de l’EHPAD.
  • Quels types d’actions sont soutenus ? Création, transmission, médiation, exposition, spectacle, ateliers (hors simple “animation” : lecture ou projection sans accompagnement artistique ne suffisent pas, par exemple).
  • Des priorités thématiques ? Certaines ARS ciblent certaines disciplines, ou privilégient des thématiques particulières (ex : lien intergénérationnel, inclusion du handicap, valorisation du territoire, etc.), selon leur stratégie régionale.
  • Peut-on présenter le même projet à plusieurs ARS ? Non si les financements concernent le même établissement ; mais il est possible d’adapter une méthodologie sur plusieurs territoires, avec un ancrage local à démontrer à chaque fois.
  • Le projet doit-il être inédit ? Pas forcément, mais il doit expliquer son caractère pertinent et novateur dans le contexte spécifique de l’EHPAD partenaire.

Ce que révèlent ces critères : vers des EHPAD lieux de création, pas seulement de soins

L’exigence de qualité artistique, la priorité à la participation réelle des résidents, l’attention à l’ouverture sur le territoire et l’importance du suivi témoignent d’un changement de paradigme. Les ARS demandent aujourd’hui plus qu’une simple “parenthèse culturelle” : elles encouragent des démarches transformatrices, qui font des EHPAD de véritables lieux de création partagée et de reconnaissance citoyenne des personnes âgées.

Cette ouverture n’est pas sans défis : elle suppose un temps d’écoute et de co-construction, des équipes volontaires, et une inventivité pour conjuguer les rythmes du soin avec ceux de l’art. Elle invite à penser la fragilité comme lieu d’expression, et la création comme rempart contre l’isolement. Mais c’est aussi cette rigueur, posée par les critères de sélection, qui donne toute sa valeur et son impact à chaque projet abouti – et qui reste parfois le moteur de formidables aventures humaines et artistiques à l’intérieur des murs.

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