Détail des critères phares et leur justification
1. Articulation du partenariat : la double légitimité
Un projet retenu ne peut pas être porté seulement par l’EHPAD ou seulement par un acteur culturel extérieur. Les ARS insistent sur la co-construction : il s’agit d’un va-et-vient entre les professionnels du soin — qui connaissent au plus près les attentes et fragilités des résidents — et le monde de la culture, garant d’une exigence artistique. Un partenariat bien articulé, formalisé par une convention, témoigne d’un engagement mutuel.
2. Qualité culturelle et artistique
Le projet doit impliquer des artistes ou des intervenants ayant un vrai parcours professionnel, inscrivant leur démarche dans une logique de création ou de transmission. L’enjeu est d’éviter une logique “d’animation occupationnelle” et d’offrir une expérience esthétique et sensible.
- Exemple : La région Hauts-de-France, dans ses appels à projets 2023-2024, prend soin de préciser que “le projet doit valoriser la présence d’intervenants artistiques issus de la scène professionnelle”, et non de simples bénévoles ou animateurs (source : ARS Hauts-de-France).
3. Cohérence avec les besoins et participation des résidents
Le projet doit démontrer comment il tient compte :
- Des profils et des envies des résidents (cerner la diversité du public, proposer une participation active, adapter la forme aux capacités de chacun)
- Du contexte de l’établissement (horaires, accessibilité des espaces, interactions avec l’équipe de soin)
- D’une dimension inclusive : pouvoir toucher les publics les plus isolés, non-verbaux, ou lourdement dépendants.
Le critère d’inclusivité est aujourd’hui décisif. Les ARS soutiennent en priorité les projets qui ne s’adressent pas uniquement aux résidents “autonomes” mais cherchent à inclure également des personnes en situation de grande dépendance ou avec des troubles cognitifs sévères.
4. Le caractère innovant ou expérimental
Sans exiger la révolution, les ARS encouragent l’expérimentation : tester de nouvelles formes, de nouveaux médiums artistiques, impulser des croisements inhabituels (ex : musique & arts plastiques, danse & vidéo, etc.), croiser les générations, ouvrir à des publics extérieurs, etc. Cela suppose une vigilance éthique — notamment sur le consentement et le respect du rythme des personnes âgées les plus vulnérables.
5. Suivi, évaluation et pérennisation
Les dossiers doivent souvent inclure un volet “évaluation” : comment mesurer l’impact du projet (qualitatif et quantitatif), en quoi il s’inscrit dans la durée, quelles modalités de capitalisation ou de dissémination sont prévues (ex. : partage des outils créés, formation des équipes à la reproduction de l’activité, etc).
- À titre d’exemple, l’ARS Nouvelle-Aquitaine exige systématiquement “des indicateurs d’évaluation clairement identifiés” et le dépôt d’un bilan en fin de projet (ARS Nouvelle-Aquitaine).
6. Conditions de financement et budget
Les montants financés par les ARS sont variables, mais une règle domine : le projet doit présenter un budget sincère, équilibré et multi-financé (avec une part d’autofinancement par l’EHPAD ou les structures partenaires, recherche d’autres subventions, etc.). Les ARS privilégient les projets où leur financement agit comme un “effet levier”, permettant la mobilisation d’autres partenaires.
- En 2022, l’appel à projets ARS Île-de-France précisait que la subvention ne pouvait, sauf exception, couvrir l’intégralité du projet, mais devait encourager la création de synergies (source : ARS Île-de-France).