Intégrer l’art en EHPAD : comment bâtir un programme solide avec le soutien de la DRAC et de l’ARS

1 mai 2026

Ce guide s’adresse aux directions d’EHPAD qui souhaitent concrétiser et structurer un projet art et santé en bénéficiant du soutien de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) et de l’ARS (Agence Régionale de Santé). Il met en lumière les grandes étapes à suivre, depuis la mobilisation interne jusqu’à l’évaluation du programme, ainsi que les points de vigilance à retenir pour s’assurer d’un réel impact sur le bien-être des résidents. Sont abordés notamment :

  • Les objectifs et enjeux d’un programme art et santé en établissement pour personnes âgées dépendantes.
  • Les démarches administratives et partenariales pour accéder à des financements DRAC/ARS et bâtir un projet solide.
  • La constitution d’un projet cohérent : choix des intervenants, implication du personnel, organisation logistique.
  • Des conseils pour la communication, la valorisation et l’évaluation du programme conduit.
  • Des ressources concrètes pour aller plus loin, s’inspirer et tisser des liens avec d’autres acteurs.

Pourquoi intégrer un programme art et santé en EHPAD ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon le baromètre national Culture et Santé (Ministère de la Culture, 2022), 89 % des établissements ayant mené des projets artistiques soulignent un impact positif sur la qualité de vie des résidents. Les bénéfices reconnus concernent aussi bien le bien-être émotionnel que la réduction de l’isolement, l’amélioration de l’expression de soi, ou encore un apaisement tangible des tensions au sein de la structure. Plusieurs études scientifiques, dont l’enquête Age & Culture (CREAHI, 2021), mettent en avant une diminution de la consommation médicamenteuse chez les personnes âgées pratiquant régulièrement une activité artistique.

  • Bien-être et stimulation cognitive : Les ateliers (musique, arts plastiques, théâtre, écriture…) participent à préserver, voire à renforcer, certaines capacités motrices et cognitives.
  • Lutte contre l’isolement : L’art, pratiqué en groupe, encourage la rencontre, la collaboration et l’échange d’émotions.
  • Valorisation des personnes âgées : En invitant des artistes professionnels, on inscrit la structure dans un dialogue avec la cité et la culture contemporaine, tout en offrant aux résidents un rôle d’acteur et non de simple spectateur.
  • Amélioration du climat de travail : On observe un bénéfice également sur les équipes, qui vivent autrement leur quotidien grâce à ces respirations collectives et partagées.

Repérer et préparer les dispositifs d’aide DRAC/ARS

Depuis la création du programme national « Culture & Santé » (2000), la France s’est dotée de dispositifs pour encourager le développement de projets culturels en milieu hospitalier et médico-social. Chaque région adapte son propre appel à projets, porté conjointement par la DRAC et l’ARS, souvent en lien avec les Conseils départementaux ou les Collectivités locales.

Quelles conditions d’éligibilité ?

  • Disposer d’un projet artistique précis, construit en partenariat avec un ou plusieurs artistes, compagnies, structures culturelles.
  • Prévoir l’implication des résidents, mais aussi des personnels, familles, parfois des habitants du quartier.
  • Inscrire l’action dans le temps, idéalement sur une saison complète ou renouvelable sur plusieurs années.
  • Aligner la démarche avec le projet d’établissement, ses valeurs, son ambition en faveur de la qualité de vie et de l’ouverture.

Fonctionnement des appels à projets

Chaque année, un ou plusieurs appels à projets sont publiés (généralement entre janvier et mars) sur les sites des DRAC régionales et ARS. Les porteurs (ehpad, hôpitaux, Ehpa…) doivent constituer un dossier comprenant une présentation de l’établissement, une description détaillée du projet (objectifs, calendrier, moyens), un budget prévisionnel et les CV des artistes partenaires. Il est conseillé d’envisager :

  • Un diagnostic partagé avec une institution culturelle (musée, médiathèque, scène nationale…)
  • L’identification d’un référent « culture » interne qui sera l’interface du projet
  • La rédaction d’une lettre d’intention signée de la direction et des partenaires.

Exemple d’appel à projets (voir DRAC Île-de-France) : Culture, Santé et Dépendance 2023

Constitution d’un projet pilote : bonnes pratiques et étapes clés

Étapes structurantes pour le montage d’un programme art et santé en EHPAD
Étape Actions concrètes Points de vigilance
1. Diagnostic et repérage des besoins Organisation d’ateliers de réflexion/d’entretiens avec résidents, personnels, familles. Veiller à prendre en compte la diversité des profils et envies, sans projeter ses propres attentes.
2. Choix des partenaires artistiques Lancer une consultation, rencontrer des artistes locaux habitués au travail en milieu de soin. Préférer des professionnels ayant déjà une expérience en gériatrie ou intergénérationnel.
3. Élaboration du projet et du budget Rédiger un projet argumenté, co-construit avec les partenaires, prévoir un budget détaillé et réaliste. Intégrer les frais annexes (déplacements, matériel, communication, documentation…).
4. Soumission à l’appel à projets Rassembler l’ensemble des pièces requises, respecter le calendrier officiel. Ne pas hésiter à contacter la DRAC/ARS en amont pour valider la recevabilité du dossier.
5. Lancement / pilotage opérationnel Informer largement en interne, former les équipes si besoin, installer le matériel en amont. Prendre en compte les contraintes du quotidien (santé, sécurité, rythme de l’établissement).
6. Évaluation et valorisation Prévoir des temps réguliers de bilan avec tous les acteurs, recueillir les témoignages, documenter les pratiques (photos, vidéos, carnet de bord…) Associer un tiers (chercheur, étudiant, médiateur culturel) pour garder un regard extérieur et objectif.

Impliquer toutes les parties prenantes : clé de réussite

  • Équipe de direction : Soutenir l’ambition du projet, le positionner comme partie intégrante du projet d’établissement et non une « option ». Garantir les éventuelles adaptations logistiques nécessaires.
  • Personnel soignant et médico-social : Leur implication favorise l’adhésion des résidents et la prise en compte de leurs besoins spécifiques. Privilégier des temps de rencontre avec les artistes, créer un espace d’échange avant chaque atelier.
  • Familles : Les avertir en amont, valoriser les productions artistiques, leur proposer d’assister aux restitutions ou de s’impliquer dans certains volets du projet.
  • Artistes partenaires : Fixer, dès le début, un cadre bienveillant mais structuré pour éviter les malentendus et soutenir la créativité commune.

Exemples de projets et innovations repérés

  • En Auvergne-Rhône-Alpes, l’EHPAD « Les Bords du Lac » a associé à sa résidence annuelle une université populaire mobile, invitant chaque mois un artiste (peintre, comédien, marionnettiste) à co-créer avec les résidents, aboutissant à une exposition ouverte aux familles et aux écoles. Ce modèle valorise la porosité intergénérationnelle et la reconnaissance des résidents comme créateurs.
  • À Lille, un partenariat pérenne entre une compagnie de théâtre et un établissement a permis l’émergence de petites formes artistiques adaptées au rythme quotidien de la structure. Ces scénettes régulières, insérées sur plusieurs mois, participent à la création d’un « climat artistique » et non d’événements isolés.
  • Plusieurs établissements combinent désormais action artistique et numérique, associant résidents à la création de podcasts, de journaux créatifs en ligne, ou de réalité augmentée valorisant leur histoire de vie (projet Memory Art, Nouvelle-Aquitaine, repéré par le collectif Culture & Santé Aquitaine).

Financements mobilisables et points d’attention budgétaires

  • Le soutien DRAC/ARS couvre rarement 100 % du coût du projet. Il est judicieux de mobiliser aussi le Conseil départemental, les caisses de retraite complémentaires, les fondations d’entreprise (Fondation de France, Fondation Macif…).
  • Le financement peut aussi concerner la formation des équipes internes à la médiation culturelle.
  • Intégrer dans le budget la valorisation (impression de catalogues, captation vidéo, exposition finale…), condition non négligeable pour donner à voir la démarche.

Faire vivre et pérenniser la démarche : évaluation, valorisation, contagion

Assurer la durabilité ne consiste pas simplement à obtenir un financement d’un an : au contraire, il s’agit d’inscrire l’art dans le quotidien du lieu. Cela passe par :

  • L’intégration de la dimension artistique dans le projet d’établissement et dans les évaluations internes/externes (HAS, ARS).
  • La formation régulière du personnel, associée à des rencontres avec les artistes — pourquoi pas sous forme de « cafés arts & soins », ouverts aux familles et bénévoles.
  • La diffusion en dehors de l’EHPAD du fruit de la démarche (journées portes ouvertes, expositions hors les murs, partages auprès d’autres structures voisins).
  • La documentation, essentielle, du projet : archives photo, carnet sonore, recueil de paroles de résidents…

Pour aller plus loin : ressources et réseaux à mobiliser

  • Le site Culture et Santé (Ministère de la Culture) recense appels à projets, exemples inspirants, évaluations, et ressources méthodologiques.
  • Le réseau régional Culture & Santé, présent dans chaque région, met en relation les établissements et porteurs de projets désireux d’échanger pratiques, adresses d’artistes, formations…
  • Des publications récentes offrent des retours d’expérience : « L’art pour bien vieillir : guide méthodologique à destination des EHPAD » (Éditions EHESP, 2023), « Traces et transmissions : pratiques artistiques en établissement », etc.

L’entrée de l’art en EHPAD s’inscrit aujourd’hui de plus en plus dans une politique à la fois institutionnelle et humaine, portée tant par les professionnels du soin que par la société civile et les institutions culturelles. Avec méthode, exigence et imagination, il est possible de faire de chaque EHPAD un espace où la vie culturelle se tisse au cœur de la fragilité, et où la dignité et le plaisir continuent d’avoir toute leur place.

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